Razika Adnani est philosophe et islamologue. Elle est membre du Conseil d’Orientation de la Fondation de l’Islam de France et directrice fondatrice des Journées Internationales de Philosophie d’Alger.
Elle a contribué aux travaux du séminaire «Laïcité et fondamentalismes» organisés par le Collège des Bernardins. Son dernier ouvrage s’intitule Islam: quel problème? Les défis de la réforme (UPublisher, décembre 2017).

Retrouvez ici son article intitulé : « Frapper d’obsolescence certains versets du Coran ? Les musulmans l’ont déjà fait ! » paru en 2018 dans le Figaro.

« Si on se réfère au dictionnaire Larousse, obsolescence signifie sortir de l’usage, c’est le fait de devenir obsolète. «Frapper d’obsolescence» des versets signifie donc les déclarer non applicables, car dépassés par le temps. En d’autres termes, utilisés en théologie musulmane, les déclarer abrogés. Tous ces synonymes ne désignent en aucun cas la suppression ; déclarer un verset obsolète, annuler ses recommandations ne signifie donc pas le retirer du Coran.
Il est important, dans de telles circonstances, de rappeler que dans l’histoire de l’islam, l’abrogation a été pratiquée. Les juristes et les commentateurs ont recouru au principe de l’abrogé nassikh et de l’abrogeant manssoukh pour surmonter certaines situations juridiques et théologiques complexes comme celle où les versets présentent, au sujet d’une même question, deux positions différentes, voire contradictoires. Ils abrogent la règle qui s’inscrit dans le verset sans supprimer ce dernier. »

 

Que peut-on attendre d’une évolution de l’islam ?
Extrait de la conférence  » l’islam dans la république  » :

 

« Les versets qui appellent à la violence ou qui discriminent les femmes ou les non musulmans doivent-être déclarés caduques.
Dans l’histoire de l’islam, plusieurs versets sont déclarés caduques par les musulmans et sont négligés, certains consciemment, d’autres inconsciemment.
Faisons pareil pour les versets qui posent problème aujourd’hui.
Le deuxième point, c’est remettre en avant les versets qui ont une portée universelle. Celui-ci par exemple :  » Nous avons honoré les enfants d’Adam  » revient à dire :  » respectez la dignité humaine « . Les droits de l’homme sont fondés sur le respect de la dignité humaine. Or ce verset est négligé par les islamistes.

Il faut séparer l’islam de la politique. L’islam doit retrouver sa nature en tant que religion et ce qui relie l’être humain au divin.
A l’origine, « Charia » était un terme en en arabe signifiant « le chemin », le chemin qui menait à la source d’eau dans le désert. Ce sens s’est transformé avec l’arrivée de l’islam, au chemin qui mène à Dieu. Puis avec le temps, ce terme a été utilisé pour désigner toutes les lois spirituelles ou juridiques, individuelles ou sociales qui organisaient la vie des musulmans.
Il est de plus en plus utilisé pour désigner les lois juridiques ou politiques de l’islam. Il faut retrouver aujourd’hui ce sens premier de la « charia » : un chemin menant vers Dieu. Les règles juridiques de l’islam sont liées à des circonstances datant de l’Arabie du VIIe siècle. »