Dans cette conférence organisée par Repères et Perspectives, Jean-Michel Besnier sonde notre avenir avec le transhumanisme.

Alors que l’on était selon lui en pleine euphorie transhumaniste (avec le développement de l’Intelligence Artificielle, la quête d’immortalité ou le séquençage du génome humaine), l’arrivée de la pandémie de la Covid a contraint les adeptes du transhumanisme à faire profil bas.

Qu’est-ce que le transhumanisme ?

On attribue le terme transhumanisme à Julian Huxley (frère d’Aldous Huxley), un biologiste défendant l’eugénisme qui aurait employé ce mot dans les années 1950. C’est en réalité Jean Coutrot, un polytechnicien des années 1930, (contemporain du grand prospectiviste Gaston Berger) qui avait animé un Think tank autour de l’avenir et qui avait créé ce mouvement transhumanisme en l’étayant d’archives.

Comment le définir ?

Le transhumanisme est un mouvement qui porte un message simple : les sciences et les techniques vont réaliser toutes les aspirations des humains.

Le philosophe Jean-François Lyotard a théorisé les grands récits dans les années 1970 en concluant que notre civilisation en était désormais dépourvue.
Le premier grand récit fut d’abord religieux avec le récit judéo-chrétien qui relate la trajectoire de l’humanité jusqu’au jugement dernier. Le récit politique a pris la relève avec le marxisme. Le compagnon de Karl Marx, Friedrich Engels avait écrit toute une épopée de l’humanité en parlant du communisme primitif, de la lutte des classes, pour atteindre le communisme terminal.

Ces deux récits en déshérence pourraient être supplantés par le récit transhumaniste.

 

Le transhumanisme est représenté par des mouvements hétérogènes gravitant autour des technopôles.

L’ingénieur informatique en chef de Google Ray Kurzweil est le porte-parole du transhumanisme hard. Il est le fils d’un chef d’orchestre de musique classique et a pour objectif de ressusciter son père.

Il considère que l’humanité a fait son temps et cause plus de dégâts qu’autre chose. De fait, tout ce qui pourrait relayer l’humain sera bon. Ce transhumanisme hard prône le triomphe des machines autonomes et conscientes d’elles-mêmes sur l’humain.

Avec pour trois projets (conquérir Mars avec SpaceX, rendre les voitures autonomes avec Tesla; réaliser des interfaces cerveau machine avec Neuralink), quelqu’un comme Elon Musk n’est pas loin de cette pensée.

Max More a baptisé son mouvement les extropiens. Il est convaincu que les sciences et les techniques vont nous permettre d’aller à l’encontre du deuxième principe de la thermodynamique : l’entropie. Les extropiens inventent des moyens technologiques pour lutter contre les désordres. Pour lutter contre les désordres climatiques, ils cherchent par exemple à déplacer la Terre de son orbe pour l’éloigner du Soleil ou encore à dévier la trajectoire des rayons du Soleil en envoyant des miroirs dans l’espace.

Le philosophe suédois Nick Bostrom et l’américain James J. Hughes représentent un transhumanisme beaucoup plus soft. Ils considèrent que les sciences et les technologies devraient dans un premier temps améliorer la longévité et supprimer le vieillissement. Leur vision du transhumanisme a une portée sociale car il rendrait accessible tous les bienfaits de la technologie à l’ensemble de l’humanité.

L’association française transhumaniste présidée par Marc Roux se situe également sur un terrain très social.

Dans les débats français des années 2000, on parlait plutôt de post-humanisme, un terme popularisé par le philosophe allemand  Peter Sloterdijk. Un mouvement selon lequel nos technologies anticipaient le remplacement de notre humanité.

 

Jean-Michel Besnier résume les conséquences du transhumanisme :

  • Il ne faut pas naître, il faut être fabriqué car on va substituer à la reproduction sexuée des technologies de clonage pour fabriquer l’humain.
  • Il faut utiliser les neurosciences pour supprimer la souffrance.
  • Il faut travailler sur les mécanismes de duplication cellulaire pour éviter le vieillissement.
  • Il faut utiliser les ciseaux moléculaires (CRISPR/Cas9 ) et se servir de tout cet arsenal biologique pour supprimer les maladies et la vieillesse.

  • Certains diront que l’humanité pourra laisser la place à une autre espèce, résultat des manipulations actuelles.

 

Tout au long de ce débat, Jean-Michel Besnier nous questionne sur les dérives que pourrait engendrer cette négation de la fragilité humaine. Et sa prospective annonce que devenir un homme augmenté ne sera pas accessible à tous et sera réservé aux élites.