Dans cette conférence organisée par Repères et Perspectives, Nathanaël Jarassé sonde notre avenir avec le transhumanisme au prisme de son métier de chercheur au CNRS.

 

Depuis les débuts de l’humanité, la technique et notamment la technique médicale, a eu pour objectif l’amélioration des conditions de vie de l’homme. Mais dans le transhumanisme, ce qui est en cause est différent, puisqu’il s’agit non plus simplement d’améliorer les conditions de la vie humaine, mais bien d’en modifier la nature, en améliorant les capacités de l’Homme grâce à la technologie.

En effet, Nathanaël Jarassé travaille sur des prothèses et des exosquelettes pour assister des handicaps innés ou acquis, une technologie assez avancée mais qui reste très peu accessible. Entre ingénierie et robotique, Nathanaël Jarrassé de l’ISIR (CNRS/Sorbonne Université) conçoit des systèmes d’assistance au geste et à la mobilité à destination de personnes en situation de handicap. En décodant des signaux physiologiques et la gestuelle corporelle, ses créations s’adaptent pour comprendre plus facilement les actions qui leur sont demandées et améliorer le confort des utilisateurs. Son travail consiste à améliorer le contrôle que les gens ont des exosquelettes et le ressenti qu’ils pourraient en avoir. Il constate un décalage énorme entre le matériel mis à disposition et les possibilités d’interagir avec l’environnement. Grâce au travail des chercheurs, les exosquelettes et autres appareils avancés d’assistance ne sont plus des objets de science-fiction, mais une réalité concrète. Une approche pluridisciplinaire qui lui vaut de recevoir la médaille de bronze du CNRS.

Selon Nathanaël Jarassé, la réflexion et le débat autour du transhumanisme se focalisent souvent sur des aspects juridiques, sociétaux, éthiques, théologiques, idéologiques et plus rarement sur des points techniques ou scientifiques. De ce fait, les idéologies transhumanistes restent infondées au plan scientifique.

Le mouvement transhumaniste repose en effet sur une croissance permanente de nos connaissances scientifiques et de nos capacités techniques.
Avec comme référence la loi de Moore, qui implique que les ordinateurs deviennent au fil du temps plus petits, plus rapides et moins chers, à mesure que les circuits intégrés et microprocesseurs deviennent plus efficaces.

Les améliorations techniques en progression constante couplées à la convergence des technologies (l‘Intelligence Artificielle, les sciences cognitives, la robotique, les neurosciences, les technologies relatives à l’ADN) provoqueraient une rupture de notre capacité à innover technologiquement. Or en dehors de la loi de Moore, il n’y a aucune certitude sur la continuité de la progression. Autant la technologie progresse, autant on bute sur des questions scientifiques fondamentales mises de côtés par certains des idéologues transhumanistes.

Elon Musk et ses pairs clament révolutionner les interfaces cerveau – machine par la pose d’électrodes souples et peu invasives au moyen d’un robot de pose, etc. Mais au fond on ne sait pas quoi en faire. Une électrode même la plus petite va capter des milliers de neurones. Aussi, notre cerveau a une plasticité énorme. Toutes ces données sont loin de pouvoir être décodées (tout comme celles du séquençage du génome humain.). Cela est révolutionnaire mais ils préfèrent promouvoir, le couplage du cerveau à des intelligences artificielles par des périphériques d’entrée et de sortie avec notre cerveau. Or, ce n’est pas parce que l’on a la technologie que scientifiquement on a les moyens de l’exploiter. Notre compréhension du fonctionnement du cerveau et du système sensori-moteur est encore trop limitée pour associer précision et vision d’ensemble dans cette entreprise.

Le discours transhumanisme nie l’impossibilité scientifique ou technique. Pour lui, tout est une question de temps.

Le transhumanisme génère le fantasme de l’homme robot, l’homme du futur, le ciborg, l’homme augmenté. Certains transhumanistes jouent de cet imaginaire positif pour faciliter la reconstruction identitaire et la réinsertion sociale des personnes handicapées appareillées conformément aux représentations sociales de l’individu performant.